Que signifie la demande de démission du Ministre iranien des affaires étrangères ?

Lundi soir, Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères iranien a remis sa démission. Si le président Hassan Rohani a rejeté cette demande, cette démission symbolise un possible changement de cap dans la politique iranienne.

Lundi soir à minuit, heure de Téhéran, par l’intermédiaire d’un message publié sur Instagram (qui ordinairement est interdit aux iraniens), Javad Zarif, le Ministre des affaires étrangères de l’Iran a annoncé sa démission. Il semble qu’il s’agit d’une décision murement réfléchie et pas simplement la traduction d’une colère. En effet, signe précurseur de cette décision, il était absent lors de la rencontre surprise, de ce jour, entre le président iranien et son homologue syrien, Bachar Al-Assad. Cette demande de démission est loin d’être banale. Zarif était quasiment le numéro deux du gouvernement iranien et l’architecte principal de l’accord nucléaire du 14 juillet 2015. En effet, alors que cet accord était mort-né dès sa signature du fait du maintien des sanctions américaines non liées au nucléaire et fut définitivement enterré avec le retrait américain le 5 mai dernier,  Zarif a toujours soutenu l’idée que sa signature a mis un terme à l’ostracisme international de l’Iran.

Il n’en demeure pas moins que, ce faisant, le ministre des affaires étrangères iranien a uni contre lui le front du refus, le front de ceux qui ne voulaient pas que l’Iran réintègre la communauté internationale ni que le marché iranien s’ouvre à des investisseurs étrangers. Les durs du régime ont toujours vu en lui leur bête noire. Ils n’ont cessé de lui reprocher que l’accord nucléaire n’a rien apporté à l’Iran et que de vaines promesses d’ouverture économique du pays grace aux investissements occidentaux ont poussé l’Iran d’abandonner, à tort, cent milliards de dollars d’investissements dans son industrie nucléaire. Il est vrai que l’accord n’a pas livré ses promesses. Au lieu des centaines de milliards d’investissement que l’Iran aurait dû recevoir, le pays n’en a reçu que quelques milliards dans les deux ans qui ont suivi sa signature. Avec l’élection de Donald Trump et le retrait américain, au mois de mai dernier, les quelques miettes annoncées se sont évaporées et l’Iran s’est retrouvé dans une situation pire que celle que le pays a connu avant la transposition des sanctions internationales.

Le refus de l’Iran de transposer dans son droit interne les dispositions du Gafi (groupe d’action financière) visant à combattre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme a dû rajouter au sentiment de frustration et au désespoir du ministre exaspéré qui considérait, à juste titre, qu’une telle démarche était nécessaire en vue d’assurer l’intégration des banques iraniennes dans le système financier international. Or, les conservateurs iraniens considèrent que du fait du maintien des sanctions américaines sur les échanges en USD, Gafi ou pas, le système financier iranien ne se connecterait pas au système bancaire et financier international et que l’heure des compromis avec l’occident est désormais révolue.

Cette démission, pour l’instant refusée par le Président iranien, marquerait incontestablement un tournant majeur dans la diplomatie iranienne. Le départ d’un des principaux personnages de l’Etat iranien, de la branche dite modérée et pragmatique, signifierait que la ligne dure a emporté la victoire. Le choix de son successeur ne manquera pas de donner les indications nécessaires dans ce sens. Depuis quelques mois déjà, on constate l’arrivé des conservateurs à des postes de responsabilité. Ainsi, on a vu Sadegh Larijani, un pur conservateur, prendre outre la présidence du conseil de discernement de l’intérêt du régime qui est une sorte de conseil constitutionnel, la direction du système judiciaire iranien.

Avec le départ de Zarif, la politique de main tendue envers l’occident prendrait fin. Dans ce cas, il est fort à parier que le pouvoir iranien s’engagerait dans un virage serré à droite, de manière à opposer un front à tout le moins aussi agressif face à un Benjamin Netanyahu belliqueux et un Donald Trump hostile.

Le bruit des bottes devient de plus en plus audible…

Retrouvez l’article sur l’Atlantico.

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